Chroniques de terre et de mer
Par La Vigie
(Société historique de la Côte-Nord)

Chronique 1 : Parue dans le Journal La Côte-Nord, le 3 septembre 1969
Où l'on apprend l'origine de la croix que l'on voit encore à la pointe

Je copie intégralement. Même les photos sont celles parues dans le journal à cette date. Dans l'Historique de mon site, j'ai consulté surtout la mémoire familiale ou la tradition orale. Les documents reproduits ici sont le fruit de d'autres recherches sérieusement effectuées. Il y a des contradictions avec ce que j'ai écrit auparavant mais c'est à nous de se faire une idée. Les dates ne correspondent pas toujours exactement

Baie- Trinité

La Pointe-à-Poulin
On a toujours remarqué la pointe qui s'avance à l'ouest de la baie. Bonny Castle et le Dr Steward, compagnons de voyage de Lord Aylmer, n'y rencontrent personne lors de leur visite le 10 août 1831. Leur exploration donnera lieu probablement à la première description géologique des lieux : At a large trap-rock, near a  point of rocks three miles west of the river, I observe huge outspourings of gneissoid matter, in frequent veins, and this trap-rock resisted the hammer as much as that of the Great Ball.
Singular small veins, or marquing of feldpar and quartz, were observed in the trappose formation of Saguenay.

N'allez pas croire que cette pointe est stérile. Si elle se termine ainsi à mesure qu'elle approche de l'eau salée, elle se recouvre à l'arrière de gazons et de prairies luxuriantes.

On peut y admirer, aujourd'hui, (1969), à l'ouest comme à l'opposé de beaux paysages marins. De la hauteur rocheuse où s'élèvent maintenant des maisons, on aperçoit d'un côté, la magnifique grève sablonneuse et le village de Baie-Trinité; dominé par son clocher; de l'autre, on devine de loin l'ancien phare de Pointe-des-Monts qui s'élève sur un îlot rocheux et qui tranche sur des horizons tout bleus ou vaporeux, selon les humeurs maritimes de la nature.

Cette pointe a reçu bien d'autres visiteurs. Cinq ans après le passage du géologiste, un evêque de Québec, retardé par des vents contraires, y descendra pour y présider une cérémonie émouvante que son agenda n'avait pas prévue. L'Abbé Ferland, son compagnon de voyage, nous en a gardé la relation : Le premier août 1836, la «Sara», goélette du capitaine Constant V., en route depuis le 15 juin, traversait au nord, vis-à-vis de Ste-Anne-des-Monts. Mgr Pierre Flavien Turgeon, alors coadjuteur de l'archevêque de Québec, Mgr Siguay, qui était à bord, revenait d'une tournée pastorale dans le district de la Gaspésie. L'abbé Ferland, alors curé de St-Isidore-de-Lauzon, et deux autres prêtres, formaient le cortège du prélat. Un lourd vent du nord éprouvait bientôt la goélette aux approches de la côte septentrionnale et la poussait vers la Pointe-des-Monts où la forte brise du sud-ouest l'obligeait à louvoyer sans grand progrès. L'inutilité de tous les efforts contre les vents et les courants forçait le vaisseau à venir s'abriter dans la baie de la Trinitié en attendant des vents  plus favorables. On y jetait bientôt l'ancre au milieu d'une mer calme à peu de distance de la terre.

Une autre goélette du même propriétaite, la Nancy montée par ses fils, en provenance de Halifax, y mouillait aussi après avoir tenté en vain les mêmes luttes. Un autre bâtiment, celui du capitaine A. M. Tremblay les avait précédés. Le vent défavorable les retiendra deux jours en ces lieux qu'ils pourront explorer à loisir. Une promenade, dans l'après-midi, les conduit sur la grève, puis jusqu'à l'établissement de la Baie d'Hudson, situé à une demi-lieu sur la rivière.

Ils en rapportent coquillages, oursins, étoiles de mer, et... un magnifique saumon. Ils y découvrent une croix à demi pourrie qui datait déjà de plus de 20 ans et ils se proposent de la remplacer si le vent défavorable les retient encore quelque temps. Leur projet va se réaliser et un simple geste de foi, une émouvante cérémonie se déroule le lendemain, le 3 août sous la présidence de Mgr Turgeon.

Rapportons ce récit pour lui garder toute sa saveur historique :«À huit heures du matin, raconte l'Abbé Ferland, tout est prêt pour notre entreprise; nous nous rendons à terre, munie de haches, de pinceaux et de peinture. Les ouvriers se mettent à l'oeuvre, abattant deux sapins (sans doute des épinettes), les taillent et les clouent en croix. Sur cette oeuvre un peu rude, s'étend une double couche de peinture; et voilà la croix prête à être élevée sur le rocher. Pour la soutenir quelques grosses pierres sont roulées autour de la base. Ainsi appuyée, elle pourra résister aux plus rudes coups de vent. Les équipages des trois goélettes, les employés de l'établissement  et quelques pauvres sauvages montagnais assistent à la bénédiction faite par Monseigneur de Sydime; tous viennent ensuite baiser le pied de la croix.

Les hommes sont avides de laisser un souvenir après eux, et, ce souvenir, chacun l'attache comme il peut de son passage. La date de la bénédiction est tracée sur le montant de la croix, et les rochers qui la soutiennent sont chargés de porter à la postérité les noms des personnes présentes... La croix rendra de grands sevices, en rappelant quelque pensée religieuse aux équipages des nombreux navires qui mouillent dans ce port.»

 

Suite à la Chronique 2